Dans le cadre du projet de recherche "Suspended Spaces", le collectif composé de Brent Klinkum, Daniel Lê, Françoise Parfait et Éric Valette me demande de documenter l’expérience qui allait se dérouler.
Une trentaine d’artistes, de chercheurs, de conférenciers, d’architectes européens... se retrouvent à Chypre (Tochni) en résidence. La difficulté est grande car il y autant de points de vue que de penseurs et d’artistes et la situation politique tendue complique plus encore les choses. Dans ce contexte, je privilégie le hasard et l’improvisation. Je ne suis pas à la recherche d’une image, d’une esthétique mais attentif aux rencontres, aux instants, aux sons, aux gestes, aux paysages, à la lumière... qui provoqueront un désir d’images. Des séquences hétéroclites (intimes, institutionnelles, conférences, portraits....) se constituent dans l’instant sur différents supports (vidéos, photographies).
À mon retour, je décide de construire un film se déployant dans l’espace européen. Des séquences filmées ou photographies sont envoyées aux domiciles des artistes et chercheurs qui sont "entrés dans l’image" et présents à Tochni.
La correspondance est établie selon un protocole et une règle du jeu précis.
Par sa réponse, l’artiste ou le chercheur convoqué est libre d’apporter son point de vue et donc d’enrichir la documentation générale de l’expérience "Suspended Spaces".


Sur la plage de Varosha - Famagusta (occupée depuis 1974 par l’armée turque).
Au pied de cette ville abandonnée, vidée de ces habitants en 48 heures, symbole de la guerre, des touristes prennent le soleil comme si rien ne s’était déroulé à cet endroit.


Texte de Françoise Parfait.
(extrait de "Une expérience de décentrement".
Livre Suspended Spaces 1. Black Jack Editions).

…le second projet correspond à une commande qui avait été faite dès le départ à Christian Barani de documenter la suite des évènements et des étapes de l’ensemble du dispositif. Il a imaginé un film tout à fait singulier qui mérite quelques explications : constituées de séquences plus ou moins longues et plus ou moins montées, la "matière" enregistrées dans des situations collectives et individuelles est envoyée par la poste "à tous ceux qui entrent dans l’image" selon ses mots. Respectant le choix de chacun de figurer ou non dans ces images, Christian Barani construit donc un film potentiel fait de séquences réelles, éparpillées chez les divers membres du groupe ; dans le cas où l’on voudrait voir le film dans son entier, chaque prsonne ayant reçu une séquence constituerait un point de montage possible, variable selon chaque projet d’exposition (cette matière constitue en effet un fonds dans lequel il sera possible de puiser selon les projets d’expositions envisagées), qui servirait de point de jonction avec une autre personne dépositaire d’une autre séquence.Il s’agirait bien là d’exposer un film "étendu" dans l’espace et le temps. Le film ainsi perforé rendrait compte à la fois de chaque histoire et de l’expérience du collectif. Le film documentaire "distribué" de Christian Barani existe pour l’instant à l’état de morcelé. Les rushes sont distribués dans une géographie déterminée par les lieux de vie des membres du groupe. Chacun est dépositaire d’un fragment du projet et il n’y a pas pour l’instant d’objet global, même si le tout constitue potentiellement un film. Ce film éclaté questionne l’exposition du cinéma au sens large, car il nécessite de trouver des modalités de projection compatibles avec sa forme disséminée : il faudrait sans doute le "performer" c’est à dire "interpréter" les séquences en temps réel et en présence des véritables acteurs du film, ceux qui sont dans l’image. Le film peut être montrés dans des agencements différents.

Un protocole particulier organise le projet : toutes les vidéos et photographies sont tirés à trois exemplaires (un exemplaire reste auprès de l’artiste, un autre est envoyé à un choisi et le troisième est déposé auprès du collectif organisateur) ; certaines séquences relèvent de l’intime, d’autres du collectif (interviews des élus, du porte parole de l’ONU, conférences, rencontre avec le maire chypriote grec réfugié à Limassol avec son conseil municipal "dépaysé"). On ne peut pas montrer les séquences privées sans l’autorisation des personnes destinataires de la séquence.



À Yiannis Papadakis
Conférence de Yiannis Papadakis sur l’image et la mémoire du conflit.



À Christina Vatsella. Jacinto Lagiera. Eric Valette.
Ghost riders. Traversée du nord de Chypre colonisé par les habitations touristiques.



À Françoise Parfait. Sur la plage de Varosha. All that remains.



À Françoise Parfait. "Varosha".



À Androula. Plan séquence de la découpe perpétuelle d’une roche par trois lames d’acier à Tochni. En référence au conflit de 1974, 74 images sont mises en boucle.



À Lia Lapithi. Dans la partie nord de l’île, au bord de la mer, un jeune turc ramasse des olives. Cette vidéo dialogue avec "Olives in Syrup", 3 min, 2007 réalisée par l’artiste.



Portrait de Nicos Charalambides (artiste chypriote grec) lors de sa première visite dans la partie Nord de l’île occupée.



À Katerina Attalidou. Eric Valette. Françoise Parfait. Seloua Luste Boulbina. Jacinto Lagiera.
Sur la plage de Varosha. Des touristes bronzent dans l’inconscience du lieu.



À Seloua Luste Boulbina. Un moment suspendu dans la nuit.



À Christophe Viart. Portrait de l’artiste.



À Christophe Viart. Nicosie. Ligne verte. Croix bleue sur meurtrière.



À François Bellanger. Devant la mosquée de Famagusta, le collectif attend des nouvelles de l’arrestation de l’artiste par la police chypriote turque.



À Daniel Lê. Nicosie. Portrait de l’artiste.



Discours de clôture de la résidence par Eric Valette.



Présentation des enjeux du projet "Suspended Spaces" à Tochni.



Livre Suspended Spaces 1. Editions Black Jack.
Ouvrage collectif

Artistes : Berger&Berger, Pravdoliub Ivanov, Marcel Dinahet, Lia Lapithi, Christian Barani, Christophe Viart, Köken Ergun, Adrian Paci, Jan Kopp, Filip Berte, Armin Linke, Serap Kanay et Aristide Antonas, Ziad Antar, Antoine Boutet, François Bellenger, Mira Sanders, Yiannis Toumazis, Sophie Ristelhueber, Elizabeth Hoak Doering, Michael Panayotis, Nikos Charalambidis, Eric Valette, Daniel Lê, Katerina Attalides, Armin Linke, Maider Fortuné, Yannis Kyriakides, Stefanos Tsivopoulos, Françoise Parfait, Denis Pondruel.
Auteurs : Lionel Ruffel, Paul Ardenne , Seloua Luste Boulbina, Brian Holmes, Claire Mauss-Copeaux & Etienne Copeaux, Jacinto Lageira, Victor Burgin, Françoise Coblence, Françoise Parfait, Eric Valette, Charlène Dinhut, Christina Vatsella.
Direction d’ouvrage : Léa Gauthier

une version en français 978-2-918063-10-0 9782918063100
une version en anglais 978-2-918063-11-7 9782918063117

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