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Le film installation "On était prêt à s’asseoir sur un hérisson" est le portrait d’une ville thermale géorgienne, Tskaltubo. Ce film trois écrans nous fait découvrir les conséquences de l’arrivée de la post-modernité dans ce pays d’ex union soviétique.
Ce film installation est une dérive poétique dans les espaces abandonnés de la ville où la nature compose avec l’histoire, où la nature envahit les architectures modernistes vestiges d’une utopie. Dans ces palaces, hier fierté du régime, dans ces lieux pillés par nécessité lors de la chute de l’URSS, des femmes, des enfants et des hommes résistent.
Ce sont des géorgiens et géorgiennes expulsées d’Abkhazie.
En 1992, une guerre civile menée par des indépendantistes abkhazes et soutenue par l’armée russe éclate dans la région du nord-ouest du pays faisant près de 20 000 morts. 250 000 personnes sont déplacées.
Lorsqu’elles arrivent dans la région, personne ne peut les accueillir car la misère est partout. Le gouvernement décide de les "loger" dans ces hôtels abandonnés.
Pour survivre dans ces bâtiments pillés, ils doivent tout inventer. Se procurer l’électricité, le chauffage, l’isolation, la nourriture. Les familles se répartissent les différentes chambres d’hôtels et conçoivent des espaces collectifs. Dans les jardins environnants, ils cultivent la nourriture qui va les rendre autosuffisant pour la plupart car peu de personnes peuvent travailler. Ils élèvent des animaux...
Depuis, ils survivent dans ces squelettes d’architectures et se ré-inventent une société collaborative, un possible, une vie.

Pour encadrer cette dérive et fixer le contexte de cet effondrement, des extraits du livre "La fin de l’homme rouge" de Svetlana Alexievitch nous donne à lire, par des témoignages et émotions vécues, la mémoire du conflit armé avec l’Abkhazie mais aussi la mémoire de cette période, de cet effondremment, de cette déception, de ces immenses difficultés que tous les habitants des pays d’ex union soviétique ont connu.

La construction de Tskaltubo débute en 1925 par la volonté de Staline pour soigner le peuple soviétique. Dans un paysage vallonné et verdoyant, 17 immenses hôtels et de nombreux établissements de soins furent bâtis pour accueillir près de 125 000 personnes par an.

"dans cette vie-là, tout était simple : une seule paire de chaussures pour toutes les saisons, un seul blouson, une seul pantalon. On était éduqué comme les jeunes guerriers de Sparte. Si la Patrie l’ordonnait, on était prêt à s’asseoir sur un hérisson".

"Je vais vous parler de l’Abkhazie. Je l’aimais énormément... Je l’aime toujours... Mon premier amour, c’était un russe, il était grand et beau... Vraiment très beau. Ce genre d’hommes, les Abkhazes disent qu’ils sont bons pour la lignée... On l’avait saupoudré de terre, il avait des baskets et un uniforme militaire. Le lendemain, quelqu’un lui avait enlevé ses baskets. Voilà, on l’avait tué..."

"La Perestroïka. Il y avait quelque chose de grandiose là-dedans. Au bout d’un an, notre bureau d’études a fermé et on s’est retrouvé à la rue, ma femme et moi. On a vendu tous nos objets de valeur.
Je me suis lancé dans le commerce. Je vendais des mégots sur le marché. Des bocaux de trois litres remplis de mégots. Mes beaux-parents les ramassaient dans la rue, et moi je les vendais. Et il y avait des gens pour les acheter et les fumer.
Nous avons payé très cher notre naïveté".

_ Au cœur de cette dérive, une villa abandonnée et pillée contemple la ville recouverte. Cette villa et sa salle de cinéma font partie de celles que possédaient Staline. En découvrant ces multiples pièces où seule une baignoire reste - celle de Staline ?, un texte d’Emmanuel Adely nous évoque la présence incertaine de cet homme qui a fait tué près de vingt millions d’êtres humains.

"dans les années 90, c’était le début du capitalisme, l’argent toujours l’argent. En une journée, on pouvait devenir milliardaire ou prendre une balle dans la tête. Tout le monde était pris d’une frénésie sauvage. Une odeur d’argent flottait dans l’air."

Dispositif : 3 vidéo-projections synchronisées et 4 enceintes.
Durée  : 1h 30min
Année : 2017


English

The film installation "We were ready to sit on a hedgehog" is a portrait of a Georgian spa town, Tskaltubo. This three-screen film shows us the consequences of the arrival of post-modernity in this former Soviet Union country. This film installation is a poetic drift in the abandoned spaces of the city where nature composes with history, where nature invades the modernist architectures, vestiges of a utopia. In these palaces, once the pride of the regime, in these places looted by necessity when the USSR fell, women, children and men resist. They are Georgians expelled from Abkhazia. In 1992, a civil war led by Abkhazian independence fighters and supported by the Russian army broke out in the north-western region of the country, killing nearly 20,000 people. 250,000 people are displaced. When they arrive in the region, no one can take them in because the misery is everywhere. The government decides to "house" them in these abandoned hotels.

To survive in these looted buildings, they have to invent everything. To get electricity, heating, insulation, food. The families divide up the different hotel rooms and design collective spaces. In the surrounding gardens, they grow the food that will make them self-sufficient for the most part because few people can work. They raise animals... Since then, they have been surviving in these architectural skeletons and reinventing a collaborative society, a possibility, a life.

To frame this drift and set the context of this collapse, extracts from the book "The End of the Red Man" by Svetlana Alexievitch give us the memory of the armed conflict with Abkhazia, but also the memory of this period, of this collapse, of this disappointment, of these immense difficulties that all the inhabitants of the countries of the former Soviet Union have experienced.

The construction of Tskaltubo began in 1925 as a result of Stalin’s desire to care for the Soviet people. In a hilly and green landscape, 17 huge hotels and numerous health establishments were built to accommodate nearly 125,000 people per year.

"In that life, everything was simple : one pair of shoes for all seasons, one jacket, one trousers. One was educated like the young warriors of Sparta. If the Fatherland ordered it, one was ready to sit on a hedgehog".

"I will tell you about Abkhazia. I loved her very much... I still love her... My first love was a Russian, he was great and beautiful... Really beautiful. These kind of men, the Abkhazians say they are good for the lineage... He was sprinkled with dirt, he had sneakers and a military uniform. The next day, someone took off his sneakers. So, he was killed..."

"Perestroika. There was something grand about it. After a year, our design office closed and my wife and I were out on the street. We sold all our valuables.
I went into business. I was selling cigarette butts on the market. Three-litre jars full of cigarette butts. My in-laws would pick them up on the street, and I would sell them. And there were people to buy them and smoke them.
We have paid dearly for our naivety".

_ At the heart of this drift, an abandoned and looted villa contemplates the covered city. This villa and its cinema are among those owned by Stalin. By discovering these multiple rooms where only one bathtub remains - that of Stalin ? , a text fromEmmanuel Adely evokes the uncertain presence of this man who killed nearly twenty million human beings.

"In the 1990s, it was the beginning of capitalism, money always money. In one day, you could become a billionaire or take a bullet in the head. Everyone was caught up in a wild frenzy. A smell of silver was floating in the air."

Dispositif : 3 synchronized video projections and 4 speakers.
Duration  : 1h 30min
2017

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