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Le film installation "On était prêt à s’asseoir sur un hérisson" est le portrait d’une ville thermale géorgienne, Tskaltubo. Ce dispositif trois écrans représente l’arrivée de la post-modernité dans ce pays d’ex Union Soviétique.

La construction de Tskaltubo débute en 1925 par la volonté de Staline pour soigner le peuple soviétique. Dans un paysage vallonné et verdoyant, 17 immenses hôtels et de nombreux établissements de soins furent bâtis pour accueillir près de 125 000 personnes par an.
Aujourd’hui, la ville est à l’abandon et la nature a envahi les espaces publics et certaines architectures thermales.

"dans cette vie-là, tout était simple : une seule paire de chaussures pour toutes les saisons, un seul blouson, une seul pantalon. On était éduqué comme les jeunes guerriers de Sparte. Si la Patrie l’ordonnait, on était prêt à s’asseoir sur un hérisson".

Après la chute du régime soviétique, une grande misère s’installe en Géorgie. Le chaos est partout.
C’est durant cette période, 1992-1993, qu’une guerre est déclenchée par les indépendantistes abkhazes aidés par l’armée russe contre l’armée géorgienne pour revendiquer la région de l’Abkhazie, située au nord-ouest du pays. La guerre fait 20 000 morts et plus de 250 000 géorgiens sont déplacés.
Ne sachant quoi en faire car personne ne peut les accueillir, ils sont placés dans différents bâtiments abandonnés dans le pays. Certains (environ 10 000) sont mis dans ces 17 hôtels abandonnés de Tskaltubo.

Pour survivre dans ces carcasses de béton pillés, ils doivent tout inventer. Se procurer l’électricité, le chauffage, l’isolation, la nourriture. Les familles se répartissent les différentes chambres d’hôtels et conçoivent des espaces collectifs. Dans les jardins environnants, ils cultivent la nourriture qui va les rendre autosuffisant pour la plupart car peu de personnes peuvent travailler. Ils élèvent des animaux...
Depuis, ils survivent dans ces restes d’architectures et se ré-inventent une société collaborative, un possible, une vie dans la survie.

Ce film installation est une dérive poétique dans ces espaces abandonnés où la nature compose avec l’histoire, envahit les architectures modernistes vestiges d’une utopie. Dans ces palaces, hier fierté du régime, dans ces lieux pillés par nécessité lors de la chute de l’URSS, des femmes, des enfants et des hommes résistent.
Pour encadrer cette dérive et fixer le contexte de cet effondrement, des extraits du livre "La fin de l’homme rouge" de Svetlana Alexievitch nous donne à lire, par des témoignages et émotions vécues, la mémoire du conflit armé avec l’Abkhazie mais aussi la mémoire de beaucoup de géorgiens.

"Je vais vous parler de l’Abkhazie. Je l’aimais énormément... Je l’aime toujours... Mon premier amour, c’était un russe, il était grand et beau... Vraiment très beau. Ce genre d’hommes, les Abkhazes disent qu’ils sont bons pour la lignée... On l’avait saupoudré de terre, il avait des baskets et un uniforme militaire. Le lendemain, quelqu’un lui avait enlevé ses baskets. Voilà, on l’avait tué..."

"La Perestroïka. Il y avait quelque chose de grandiose là-dedans. Au bout d’un an, notre bureau d’études a fermé et on s’est retrouvé à la rue, ma femme et moi. On a vendu tous nos objets de valeur.
Je me suis lancé dans le commerce. Je vendais des mégots sur le marché. Des bocaux de trois litres remplis de mégots. Mes beaux-parents les ramassaient dans la rue, et moi je les vendais. Et il y avait des gens pour les acheter et les fumer.
Nous avons payé très cher notre naïveté".

_ Au cœur de cette dérive, une villa abandonnée et pillée contemple la ville recouverte. Cette villa et sa salle de cinéma font partie de celles que possédaient Staline. En découvrant ces multiples pièces où seule une baignoire reste - celle de Staline ?, un texte d’Emmanuel Adely nous évoque la présence incertaine de cet homme qui a fait tué près de vingt millions d’êtres humains.

"dans les années 90, c’était le début du capitalisme, l’argent toujours l’argent. En une journée, on pouvait devenir milliardaire ou prendre une balle dans la tête. Tout le monde était pris d’une frénésie sauvage. Une odeur d’argent flottait dans l’air."

Production : Christian Barani
Dispositif : 3 vidéo-projections synchronisées et 4 enceintes.
Durée  : 59 min
Année : 2021


English

The film installation "We were ready to sit on a hedgehog" is the portrait of a Georgian spa town, Tskaltubo. This three-screen device represents the arrival of post-modernity in this country of the former Soviet Union.

The construction of Tskaltubo began in 1925 as a result of Stalin’s desire to care for the Soviet people. In a hilly and green landscape, 17 huge hotels and numerous health establishments were built to accommodate nearly 125,000 people per year.

After the fall of the Soviet regime, great misery set in in Georgia. Chaos was everywhere. It was during this period, 1992-1993, that a war was started by Abkhazian independence fighters, aided by the Russian army, against the Georgian army to claim the region of Abkhazia, located in the north-west of the country. The war left 20,000 people dead and more than 250,000 Georgians displaced. Not knowing what to do with them because no one can take them in, they are placed in various abandoned buildings around the country. Some (about 10,000) are put in these 17 abandoned hotels in Tskaltubo.

To survive in these looted concrete huts, they have to invent everything. To get electricity, heating, insulation, food. The families divide up the various hotel rooms and design collective spaces. In the surrounding gardens, they grow the food that will make them self-sufficient for the most part because few people can work. They raise animals...
Since then, they have been surviving in these architectural remains and re-inventing a collaborative society, a possibility, a life in survival.

This film installation is a poetic drift into these abandoned spaces where nature composes with history, invading modernist architectures remains of a utopia. In these palaces, formerly the pride of the regime, in these places looted by necessity at the fall of the USSR, women, children and men resist.
To frame this drift and set the context of this collapse, excerpts from the book "The End of the Red Man" from Svetlana Alexievitch gives us to read, through lived testimonies and emotions, the memory of the armed conflict with Abkhazia but also the memory of many Georgians.

"I will tell you about Abkhazia. I loved her very much... I still love her... My first love was a Russian, he was great and beautiful... Really beautiful. These kind of men, the Abkhazians say they are good for the lineage... He was sprinkled with dirt, he had sneakers and a military uniform. The next day, someone took off his sneakers. So, he was killed..."

"Perestroika. There was something grand about it. After a year, our design office closed and my wife and I were out on the street. We sold all our valuables.
I went into business. I was selling cigarette butts on the market. Three-litre jars full of cigarette butts. My in-laws would pick them up on the street, and I would sell them. And there were people to buy them and smoke them.
We have paid dearly for our naivety".

_ At the heart of this drift, an abandoned and looted villa contemplates the covered city. This villa and its cinema are among those owned by Stalin. By discovering these multiple rooms where only one bathtub remains - that of Stalin ? , a text fromEmmanuel Adely evokes the uncertain presence of this man who killed nearly twenty million human beings.

"In the 1990s, it was the beginning of capitalism, money always money. In one day, you could become a billionaire or take a bullet in the head. Everyone was caught up in a wild frenzy. A smell of silver was floating in the air."

Production : Christian Barani
Dispositif : 3 synchronized video projections and 4 speakers.
Duration  : 59 min
2021

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