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Trous Bleus”, de Christian Barani, est un film-manifeste. Mêlant des images vidéos et des images tournées en super 8, des textures et des durées extrêmement hétérogènes, la trame de ce film tourné au Népal est celle d’une avancée vers les terres reculées du pays, des premiers contacts en bus avec la ville de Katmandou vers les sommets de la chaîne himalayenne. En alternance avec les images, sur panneaux noirs, au cœur du dispositif filmique, un récit, commençant avec le massacre de la famille royale, et énonçant les raisons et la stratégie de la révolution maoïste qui a débuté six ans auparavant dans l’indifférence internationale. Les mots de ce récit sont conçus comme un hors-champ aux images. Ils les enveloppent, les révèlent.
Le film se construit à l’écran comme se construit une découverte, une recherche. A aucun moment, un plan reconnaissable, tout est toujours non vu, étonnant, comme ces images super 8, qui ont la qualité des films muets, qui sont d’un temps autre, insérées en moments de sensation, de contemplation, en contrepoint du mode plus direct d’appréhension du réel qu’est l’image vidéo. Deux lignes de conduite parallèles pour un dispositif qui confronte le réel et la caméra (vidéo et super 8).
Des séquences rapides de tourné-monté (moments du déplacement, de marche dans la ville, de voyage, etc.) alternent avec des plans plus longs, qui laissent un visage se former face à une caméra là soudain, face à lui ; une longue séquence où la caméra part du visage d’une femme accroupie près d’un foyer, parcourt l’espace domestique très humble et revient vers la femme et son fils, dans un mouvement tout de douceur et de respect. Jamais la caméra, qui pourtant filme l’intime des êtres, dans leur environnement domestique ou en extérieur, ne viole, ne vole. Elle s’approche des êtres effrontément, dans l’instant même où ça a lieu. Forcément, il y a des êtres qui s’y prêtent, d’autres non, parce que ses images naissent de cet affrontement au réel. Leur justesse tient de ça, de ces moments où le réel ne se laisse pas simplement capter, où il faut le gagner.
Cette liberté immense de filmer sans idée préalable une réalité imaginée structure chaque plan, chaque cadre.
“Trous Bleus” est un film en tension : il y a du concret à chaque plan, une façon de filmer derrière les apparences, parce que ce qui importe c’est de capter, pas de montrer. Au risque de construire un film qui n’appartient à aucun genre, mais parce qu’il n’y a pas de typologie du réel.
Dans “Trous Bleus”, le réel re-paraît.

frédéric dumond

Images/montage : Christian Barani
Tourné en 2002 et monté en 2021

Durée : 1 h 09 min
























English

Blue Holes”, by Christian Barani, is a manifesto film. Mixing video images and images shot in super 8, textures and extremely heterogeneous durations, the frame of this film shot in Nepal is that of an advance towards the country’s remote lands, from the first bus contacts with the city of Kathmandu to the summits of the Himalayan Mountains. In alternation with the images, on black panels, at the heart of the filmic device, a narrative, beginning with the massacre of the royal family, and stating the reasons and strategy of the Maoist revolution that began six years earlier in international indifference. The words of this narrative are conceived as an out-of-frame to the images. They envelop them, reveal them.
The film is built on the screen like a discovery, a search. At no time, a recognizable shot, everything is always unrecognized, amazing, like those super 8 images, which have the quality of silent films, which are from another time, inserted in moments of sensation, of contemplation, in counterpoint to the more direct mode of apprehension of the real that is the video image. Two parallel lines of conduct for a device that confronts the real and the camera (video and super 8).
Rapid sequences of turn-up (moments of movement, walking in the city, travel, etc.) alternate with longer shots, which let a face form in front of a camera there suddenly, in front of him ; a long sequence where the camera starts from the face of a woman squatting next to a home, travels through the very humble domestic space and returns to the woman and her son, in a movement of sweetness and respect. The camera, which nevertheless films the intimacy of beings, in their domestic environment or outside, never violates, never flies. It approaches beings brazenly, in the very moment that it takes place. Inevitably, there are beings who lend themselves to it, others not, because his images are born of this confrontation with the real. Their rightness comes from that, from those moments when the real does not simply let itself be captured, where it must be won.
This immense freedom to film without a preliminary idea a imagined reality structures each plan, each frame.
‘Blue Holes’ is a tense film : there is something concrete about each shot, a way of filming behind appearances, because what matters is to capture, not to show. At the risk of building a film that does not belong to any genre, but because there is no typology of reality.
In “Blue Holes”, the real world re-appears

frédéric dumond

Shooting and editing : Christian Barani
2002/2021

Duration : 1 h 09 min.
























© Christian Barani 2021 |
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