Christian Barani construit au fil du temps une série de films courts consacrés aux vaincus.

La Vie est triomphante et l’Idéal est mort,
Et voilà que, criant sa joie au vent qui passe,
Le cheval enivré du vainqueur broie et mord
Nos frères, qui du moins tombèrent avec grâce.

Paul Verlaine. Les vaincus. 1884

La violence du vainqueur n’est pas dans sa victoire. La violence du vainqueur se situe dans sa propension à étouffer l’autre, dans sa volonté à effacer le vaincu, à le réduire et à le maintenir dans un espace où il n’aura aucune possibilité de reconnaissance sauf à reproduire les caractéristiques du vainqueur. Les vainqueurs ne laissent aucune autre alternative, se protégeant ainsi du plus grand nombre, abolissant l’espoir aux vaincus. Pour atteindre la caste des vainqueurs, nulle autre alternative que de reproduire leurs schémas, que de posséder leurs psychés, que de leur ressembler. Sinon la défaite est certaine.
Les vainqueurs sont conscients que cette victoire a un prix, que cette suprématie cantonne les millions de vaincus à survivre. Mais le plaisir de la domination est trop grand, la joie d’appartenir à la caste des triomphants est indépassable.
Souvent ils s’inventent des mérites comme celui du travail, du sacrifice, de l’investissement, de la responsabilité. Mais l’humble qui tous les matins des jours doit recommencer sans cesse, l’humble qui doit partir du néant pour trouver ce dollar permettant de nourrir ses enfants, l’humble qui s’abime au travail pour donner la possibilité d’une éducation à ses enfants, l’humble qui doit lutter contre les pouvoirs oppressants et dictatoriaux, est tout autant voire plus méritant.
Pourtant, notre société libérale mondialisée est uniquement structurée pour mettre en valeur les vainqueurs. Partout la compétition, partout la sélection, partout l’élitisme, partout l’imposition d’une certaine culture, d’un certain langage, partout l’autre dans sa condition différente, est rejeté.

Pourtant la beauté est ailleurs, dans la rigueur, dans la folie, dans la violence, dans l’amour, dans le combat, dans l’espoir, dans les actes de vie de tous ces vaincus qui font de leurs vies des œuvres d’art.

"Tout groupe humain qui exerce une puissance l’exerce, non pas à rendre heureux ceux qui y sont soumis, mais de manière à accroitre cette puissance ; c’est là une question de vie et de mort pour n’importe quelle domination".
Simone Wiel. Allons-nous vers une révolution prolétarienne ? 1933

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